Faire passer les images dans la peinture

Nous vivons dans un monde d’images qui circulent sans cesse. Images publicitaires, cinéma, bande dessinée, manga, objets de consommation, culture automobile, science-fiction, personnages populaires : elles constituent un environnement visuel qui précède souvent notre regard. Nous les rencontrons, les reconnaissons, les mémorisons parfois sans même en avoir conscience.

C’est dans cette mémoire visuelle commune que notre travail prend sa source.

Leur peinture procède par prélèvements. Une figure, un objet, un personnage, un animal, un fragment de typographie ou une image peuvent être extraits de leur contexte et introduits dans le tableau. Ce déplacement n’est pas une simple citation. Il constitue une transformation du statut de l’image.

Une image publicitaire devient motif. Un personnage de fiction devient figure picturale. Un objet de consommation peut prendre la place d’une nature morte. Une image imprimée, conçue pour être reproduite, devient une surface unique.

Le tableau constitue ainsi un lieu de passage.

L’image y conserve quelque chose de son origine tout en cessant d’y appartenir complètement. La reconnaissance demeure essentielle : elle crée une première relation immédiate avec le spectateur. Mais cette reconnaissance est progressivement perturbée par le changement d’échelle, le recadrage, la composition, la couleur, le dessin, la matière, les superpositions et les recouvrements.

Nous cherchons cet espace instable où une image est encore identifiable sans être réductible à ce qu’elle représentait auparavant.

Cette tension entre familiarité et étrangeté est au cœur du travail. Elle permet de faire apparaître ce que la vitesse de circulation des images tend à effacer : leur matérialité, leur durée et leur capacité à produire une expérience singulière.

La peinture introduit du temps dans des images qui n’en ont souvent pas. Elle les ralentit. Elle les retient. Elle permet au regard de revenir sur ce qui semblait immédiatement compris.

Ce passage du reproductible au singulier nous intéresse particulièrement. Les images dont nous partons sont souvent conçues pour être multipliées et diffusées. La peinture leur oppose une surface unique, traversée par le geste, l’accident, le recouvrement et la matière.

La peinture introduit de l’unique dans une image faite pour circuler.

Nos motifs appartiennent ainsi à une culture visuelle largement partagée. Ils ne sont pas seulement des références : ils sont les fragments d’une mémoire collective, parfois intime, parfois générationnelle. Ils portent avec eux des souvenirs d’images, de films, de produits, de personnages ou de récits.

Nous ne cherchons cependant ni à illustrer cette culture populaire ni à en faire l’inventaire. Ce qui nous intéresse est ce qu’elle devient lorsqu’elle entre dans la peinture.

Le travail se situe précisément dans ce déplacement : entre image et peinture, reproduction et singularité, culture populaire et histoire de l’art, reconnaissance et étrangeté, mémoire collective et regard individuel.

Nous ne peignons pas seulement des images. Nous peignons ce qui leur arrive lorsqu’elles deviennent peinture.


Kano Okuuchi
née à Kochi (Japon),
DNSEP option Art en 1992

Olivier Broise
né à La Rochelle (France),
DNSEP option Art en 1991 et CAPES arts plastiques en 1994


Contact et politique de confidentialité